la glosso : c'est psycho ou c'est neuro ?

la glosso : c'est psycho ou c'est neuro ?

Message par Laurent45160 » 16 Juin 2016 09:50

La Stomatodynie primaire (Burning mouth syndrome en anglais) est caractérisée par une douleur
spontanée sans cause organique directe, ressentie au niveau des muqueuses buccales. Elle doit être
différenciée des stomatodynies dites secondaires, liées à un état pathologique identifié (candidose,
anémie, carence vitaminique, pathologie thyroïdienne etc. La prévalence de cette affection dans la
population générale est faible (<5%) mais augmente avec l’âge et plus particulièrement chez les
femmes au moment de la ménopause, ce qui laisse supposer un rôle physiopathogénique des
hormones sexuelles (1). Longtemps considérées comme des douleurs psychogènes en raison d’un
contexte anxio-dépressif fréquemment associé, cette vue a été remise en question par des études
psychophysiques et neurophysiologiques qui ont objectivé des altérations sensorielles chez la
plupart des patients. L’hypothèse neuropathique a été renforcée par la mise en évidence
d‘altérations quantitative et qualitatives des fibres de petit diamètre au niveau de l’épithélium de la
muqueuse linguale. Outre ces altérations périphériques, d’autres travaux plaident en faveur de
changements centraux, incluant des modifications des contrôles descendants dopaminergiques et
une hypofonction cérébrale. Ces données remettent également en question l’unicité de l’affection et
suggèrent l’existence de différents sous-groupes aux mécanismes physiopathologiques distincts (2).
La douleur est la principale plainte des patients, le plus souvent décrite comme une sensation de
brûlure, mais aussi parfois de picotement et d’engourdissement. En général quotidienne, d’intensité
modérée à sévère, elle revêt un caractère chronique sur des mois ou des années. D’autres troubles
peuvent être associés au tableau clinique dont les principaux sont des troubles gustatifs et salivaires.
Environ deux tiers des patients rapportent des troubles du goût (dysgueusies) persistants, qui
peuvent altérer non seulement la composante hédonique de l’alimentation, mais également induire
des modifications du comportement alimentaire (évitement des aliments acides ou irritants). Environ
50 % des patients se plaignent de sécheresse buccale (xérostomie) ou de modification de la
consistance salivaire dont une partie peut être due aux traitements médicaux fréquemment associés
(3). Le retentissement émotionnel et l’impact fonctionnel de la douleur et des troubles associés sont
importants, objectivés par des indices d’anxiété et de dépression élevés, une détresse émotionnelle,
la perte de la capacité à prendre des initiatives ou la dégradation des relations sociales, ainsi qu’une
altération des scores d’évaluation de la qualité de vie. Les traitements disponibles sont décevants:
plusieurs axes thérapeutiques ont été poursuivis au cours des quinze dernières années, notamment
vers des traitements médicamenteux, la thérapie cognitive comportementale ou les compléments
alimentaires. Une diminution des symptômes n’a cependant été observée dans des conditions
cliniques contrôlées qu’avec le clonazepam, le moclobémide (IMAO antidépresseur), l’acide -
lipoïque (antioxydant) et la thérapie comportementale, avec des effets peu différents du placebo (4) .
En conclusion cette affection située à l’interface des champs psychiques et somatiques reste une
énigme sur le plan de la physiopathologie et un challenge thérapeutique. Bibliographie (1) Scala
A(1), Checchi L, Montevecchi M, Marini I, Giamberardino MA. Update on burning mouth syndrome:
overview and patient management. Crit Rev Oral Biol Med. 2003; 14(4):275-91. (2) Jääskeläinen SK
Pathophysiology of primary burning mouth syndrome. Clin Neurophysiol. 2012;123(1):71-7. (3)
Grushka M. Clinical features of burning mouth syndrome. Oral Surg Oral Med Oral Pathol. 1987;63(1)
:30-6. (4) Buchanan JA(1), Zakrzewska JM Burning mouth syndrome. Clin Evid (Online).
2010;19;2010. pii: 1301.


Les stomatodynies primaires (SP) sont définies comme « une sensation douloureuse de la cavité buccale sans cause organique décelable ». Leur physiopathologie reste mal comprise. L’hypothèse qui prévaut d’une origine psychogène est remise en cause par de nombreuses études retrouvant des modifications neuropathiques en faisant une neuropathie des petites fibres.

Le but de cette étude était d’étudier la prévalence des douleurs neuropathiques dans les SP, ainsi que celle de l’anxiété et de la dépression.

Patients et méthodes

Entretien téléphonique avec 3 questionnaires (DNAinterview [DN4i], échelle HAD et questionnaire de la douleur de Saint-Antoine [QDSA]) des patients dont le diagnostic de SP a été posé entre novembre 2004 et décembre 2013 lors de la consultation de pathologie buccale du service, assurée par un dermatologue et un dentiste.

Résultats

Parmi les 73 patients concernés, 32 (30 femmes, 2 hommes, âge moyen 68,3 ± 9,8 ans) ont répondu au questionnaire DN4i, 31 à l’échelle HAD et 30 au QDSA, les autres n’ayant pu être joints. Trente et un pour cent des patients avaient un score DN4i33 en faveur d’une douleur neuropathique. 55 % avaient un score HAD en faveur d’une anxiété, 29 % un score HAD en faveur d’une dépression et 39 % un score global en faveur d’un trouble anxio-dépressif. Les mots les plus fréquemment choisis pour décrire la douleur étaient : brûlure (97 %), sourde (60 %), irradiante (60 %), énervante (57 %), suicidaire (57 %) et angoissante (53 %).

Discussion

Dans notre étude, un tiers des patients avait un score DN4i33, permettant de retenir une douleur neuropathique. Dans celle de Braud et al. publiée en 2013, 64 % des 22 patients avaient un score DN4i33. Notre étude montre que la participation de mécanismes neuropathiques n’est pas le seul facteur impliqué dans la physiopathologie des SP mais confirme leur présence chez un certain nombre de patients.

Notre étude est la 1re à notre connaissance à utiliser l’échelle HAD et le QDSA dans les SP. Elle souligne la souffrance psychologique des patients, avec une prévalence élevée de l’anxiété qui elle-même aggrave la douleur par diminution de son seuil. Les réponses au QDSA en attestent avec le mot « angoissante » choisi par une majorité de patients.

Conclusion

Les SP sont probablement multifactorielles avec des mécanismes neuropathiques et/ou une participation psychologique.
Laurent45160
 
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